21 mai 2017

Le cœur de Berlin

Auteur : Elie Maure
Editeur : Les Allusifs
Genre : Littérature québécoise
Parution : 8 Février 2017   -   240 pages


Ma note :

Montréal. Simon, la cinquantaine, célibataire et sans enfant, est un homme solitaire. Il ne vit que pour ses deux passions : le vélo et son chien, Berlin, un labrador de 12 ans. A la mort de l'animal, les souvenirs du passé refont surface.
"Le cœur de Berlin" est l'histoire d'un homme mélancolique qui peine à être heureux. Simon va rechercher  les causes de son mal-être dans la quête de son histoire familiale.


Mon ressenti

"Le cœur de Berlin" est le premier roman d'Elie Maure. Ecrit à partir d'éléments autobiographiques, le livre est publié sous le pseudonyme de l'écrivaine : 
"Je n'ai pas honte du propos ; écrire là-dessus, c'est sortir de la honte. Mais c'est plus une mise à distance. Pour ne pas me faire envahir dans ma vie privée avec un thème comme ça qui est souffrant, et devenir thérapeute pour les autres J'ai traversé cette souffrance."

Simon occupe un poste de chercheur et écrit en parallèle un roman. Il a besoin de mettre par écrit ses pensées et ses émotions. Son meilleur ami : Berlin, son chien, fidèle compagnon, l'aide à se sentir moins seul. Mais, l'animal est malade et doit être euthanasié. Sa mort laisse un vide immense.
Simon passe alors beaucoup de temps sur son deux-roues par tous les temps, qu'il fasse beau ou qu'il pleuve. Il aime parcourir les rues de Montréal. Durant ses balades, certains lieux lui font remonter des pensées refoulées qui reprennent vie dans son esprit. Il nous relate ainsi une partie de son enfance vécue en Algérie avec ses parents, ses deux frères et sa sœur avec qui il a toujours été très proche. Pays de coutumes, de senteurs et de couleurs, les années qu'il a passées là-bas sont ses plus beaux souvenirs. Le retour au Québec a été une période difficile pour toute la fratrie. Déracinés, ils ont eu beaucoup de mal à s'adapter, surtout au froid hivernal, à l'environnement et il a été difficile pour eux de s'intégrer socialement.
Leur père était un homme cultivé et sociable. Mais au sein de la famille, c'était un homme dur, qui battait ses enfants. Leur mère, ni protectrice, ni aimante, était froide et distante, aucun enfant n'a connu l'amour maternel.
"Mère avalisait la fable selon laquelle nous avions grandi dans un cocon. A la vérité, mère ne nous a jamais laissé pleurer car cela exaspérait père. C'est ce genre d'affabulations qui, répétées à satiété, construit une enfance qui n'a jamais existé et sur laquelle, toute notre vie, nous essayons d'accorder des sentiments de colère et d'injustice alors qu'on nous a fait croire à un conte de fées."
Entre un frère qui était dans tous les excès (drogue, alcool, jeux pervers) et un autre qui a tenté de fuir la maison familiale en se mariant jeune puis en divorçant très vite, il y a Béatrice, la sœur. Une enfant, puis une jeune fille profondément malheureuse, enfermée dans un mal-être constant. Elle souffrait d'anorexie et avait des difficultés à supporter son corps. Très proche de son père, elle disparaît à la mort de celui-ci, coupant tout lien avec sa famille.
Depuis ce jour, Simon ne l'a plus revu. Au décès de Berlin, il éprouve alors un fort désir de la revoir car elle lui manque et il ne comprend pas les causes de sa disparition. Il va alors rendre visite à ses frères pour essayer de récolter des informations pouvant l'aider à la retrouver.
Il se rend compte que ses frères ont des vies très solitaires. Seuls et sans enfants, ils vivent renfermés et reclus. Le peu d'éléments que lui apporteront ces derniers ne vont pas l'aider.
C'est en se rapprochant d'une amie de sa sœur, que Béatrice va finalement reprendre contact au moyen de deux longues lettres manuscrites dans lesquelles elle lui raconte leur enfance en Algérie, de manière détaillée, et les raisons de son mal-être qui l'ont poussées à s'éloigner de sa famille.
"Je me sens dans un état épouvantable comme si tous mes organes parlaient un langage différent, ma gorge est sèche et je fumerais n'importe quoi. Les mots de Béatrice s'entrechoquent en moi, elle me fait partager son extase et me révèle des actes ignominieux dans le même souffle."
Entre mensonges et non-dits, Elie Maure nous retrace l'histoire d'une famille désunie et brisée dont les membres, abîmés par la vie, sont seuls et malheureux.
A la lecture des lettres, Simon comprend un certain nombre de choses et replace des souvenirs épars dans leur contexte. Son mal de vivre devient plus que palpable. On le ressent, on le vit au travers de son histoire. Les informations reçues, aussi dures soient-elles, vont lui permettre de se reconstruire et d'envisager l'avenir sous un autre angle.

Avec un sujet sensible, presque dérangeant, Elie Maure nous explique les conséquences désastreuses de certains actes sur la vie des enfants, qui deviendront des adultes meurtris tout au long de leur vie.

Un premier roman qui aborde un thème fort avec une écriture dense, profonde et humaine.

L'auteur :

Elie Maure, pseudonyme, est une écrivaine montréalaise. Très discrète sur son identité, on sait très peu de choses à son sujet.  Publié en 2017, "Le cœur de Berlin" est son premier roman :
"Ce roman n'est pas une thérapie - je l'ai déjà faite - mais je suis contente de l'avoir écrit, même s'il n'a pas apporté de réponses à mes questions."




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